Les Frenchies de sa Majesté

 

Aller à Londres, ou en Angleterre en général, pour un passionné de foot, c’est un peu comme rentrer dans une pâtisserie pour les gourmands. Le football est partout, tout le temps et à profusion. Les équipes présentent bien, avec de nombreux joueurs aux noms prestigieux ; l’emballage est beau avec tout le côté attrayant des télévisions qui mettent en valeur la Premier League et la qualité des matchs est aussi savoureuse qu’un gâteau qui fond dans la bouche en libérant ses arômes.

Parce que le football anglais à un goût aussi savoureux qu’inimitable, « Les Frenchies de sa Majesté » vous emmène à sa découverte à travers un recueil de portraits de joueurs, joueuses et techniciens français ayant évolué Outre-Manche. 19 joueurs parmi lesquels Olivier Giroud, Franck Leboeuf, Emmanuel Petit, Djibril Cissé, Louis Saha, Rémy Cabella et Benjamin Stambouli notamment, y racontent leur parcours footballistique mais aussi leur vécu, leurs anecdotes et ce qu’ils ont aimé de la culture anglaise.

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« Les Joueurs de sa Majesté témoignent »

Yohan Cabaye

« Pour moi, pour vivre de sa passion, pour vivre du foot, l’Angleterre, c’est l’endroit où il faut être. Que ce soit dans les clubs, les supporters et même à la télé, les Anglais vous font vivre le foot de manière différente. A la télé par exemple, le teaser de la Premier League est impressionnant et chaque année il s’améliore pour que ce soit un réel spectacle. Ça donne envie aux spectateurs, aux téléspectateurs et même aux joueurs d’y participer. Sur le plan sportif, il faut aussi bien se rendre compte qu’il y a un paquet de très bons clubs, bien au-delà du ‘‘Big Four’’ Je pense aux clubs où je suis passé mais aussi à Everton, Watford, Aston Villa… Malgré la différence de médiatisation, ce sont des équipes où il est largement possible de prendre du plaisir. Chaque week-end, c’est une guerre, un effort intense et quand on gagne un match on est vraiment satisfait parce qu’on sait que c’est difficile de gagner. »

Emmanuel Petit

« Arsène Wenger était un précurseur il était bien en avance sur sa propre génération, avec cette approche toujours intellectuelle du milieu, toujours le recul nécessaire mais aussi la personnalité et la communication qui vont avec. Il avait aussi une vision à long terme. Quand on sait exactement ce que l’on veut, c’est plus facile de convaincre les gens et de fédérer tout le monde autour d’un même projet. Même si vous trouverez toujours des gens qui vous diront le contraire, Arsène a toujours été aimé par ses joueurs. Il fait partie de ces managers qui ont laissé leur empreinte dans le monde du foot et dans l’esprit de beaucoup de joueurs qui lui doivent un grand merci. Il était en avance dans le domaine technique, tactique, mais aussi dans la psychologie qui est très importante dans le sport, dans le football de haut niveau et dans la vie de tous les jours. »

Franck Leboeuf

« C’est là qu’est né le football et si tu aimes le foot tu dois jouer en Angleterre, tout simplement. Ce n’est pas l’argent ni les droits télé... Je conseille même à un supporter, quelqu’un qui n’a jamais vu un match de foot, d’aller en Angleterre et là tu vas comprendre pourquoi les gens aiment le foot ! J’ai joué mon 1er match à Southampton devant 15 000 personnes. Le stade était plein. Durant la première demie-heure, j’étais en lévitation. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait, je ne faisais que regarder l’ambiance. »

Olivier Giroud

« C’est un football avec une énorme intensité de tous les instants. Il faut être prêt physiquement mais aussi dans la tête parce qu’il y a une énorme pression. Les petites équipes n’ont pas de complexe, elles jouent leur va-tout à fond et ça demande une exigence et une concentration de tous les instants. Si tu n’es pas à 100 % contre les équipes soi-disant plus faibles sur le papier, tu te fais surprendre. »

Djibril Cissé

(à propos de son tir au but transformé lors de la finale de la Ligue des Champions 2005 contre l’AC Milan)

« En traversant le terrain, je me suis dit : ‘‘Djib , à la mi-temps, on perd 3-0 et on peut en prendre cinq ; finalement, on égalise, et on arrive aux tirs au but… Toi, il y a quatre mois tu ne marchais pas, tu arrives là, il y a eu deux tireurs adverses avant toi et les deux ont raté ; il peut t’arriver quoi en vrai ?’’ Je ne me suis mis aucune pression et je me suis dit que je n’avais qu’à faire mon taf qui était de mettre mon penalty et ça a été fait. Quand je me suis avancé pour tirer, je n’avais aucune pression. Je savais que j’allais mettre le ballon au fond et j’étais déjà prêt à venir le célébrer avec mes coéquipiers. »

Aymeric Laporte

« Pep Guardiola donne tout le temps des conseils, il est vraiment actif en ce qui concerne le placement, la façon globale de jouer On peut le voir d’ailleurs sur le banc, où il est loin d’être passif, explique-t-il. L’idée de Pep et de son staff c’est de travailler sur de la possession, sur un jeu avec une forte identité qui soit agréable à regarder et efficace. J’ai un peu les mêmes idées que lui, à savoir construire le jeu de derrière. C’est quelque chose que j’avais beaucoup travaillé avant, à Bilbao, même si, là-bas, on ne pouvait pas le faire à tous les matchs. C’est vraiment quelque chose qui me convient. »

God save the Football

Il faut être allé au moins une fois en Angleterre pour comprendre que l’expression assurant que le football est une religion, est loin d’être une métaphore éculée. Outre-Manche, le ballon rond, c’est d’abord une histoire de ferveur. Deux heures avant le coup d’envoi, les fidèles se pressent aux abords du stade. Après un passage au pub pour certains, chacun retrouve sa famille au moment de se rapprocher de l’entrée des tribunes. L’odeur de la compétition se mêle à celle de l’oignon frit, indissociable du hot-dog local. Papa, maman, les enfants, toute la famille est là, au complet, pour assister au coup d’envoi car, en Angleterre, l’amour d’un club se transmet de père en fils et de génération en génération. Qu’importe si votre formation préférée évolue en D2, D3 ou D4, pas question de se tourner vers un autre club. Il faut juste ’’aider’’ le sien à remonter. Question d’honneur ! Si vous en doutiez, sachez qu’il n’est pas rare de voir un match de D2 anglaise se dérouler devant plus de 20 000 personnes, alors même qu’à la même heure, les chaines de télévision retransmettent la prestigieuse Ligue des Champions.

Cette ferveur, les Français l’ont d’abord découverte sur leur canapé au début des années 90. Le dimanche soir, en 2ème partie de soirée, le regretté Thierry Gilardi narrait alors, avec son timbre de voix inimitable, les exploits du Leeds puis du Manchester United d’Eric Cantona et bien sûr du Newcastle de David Ginola dans l’Equipe du Dimanche sur Canal+. Monsieur Gilardi ne le savait sans doute pas encore, mais c’est sans doute grâce à lui et à son émission que sont nées certaines vocations. Car si ‘‘Canto’’ et ‘‘Gino’’ avaient traversé la Manche pour découvrir un contexte plus favorable que celui que leur offrait la France du foot de l’époque, ils furent ensuite suivis par de nombreux joueurs et entraîneurs, venus en Angleterre, tout simplement par attraction pour ce championnat. De Franck Leboeuf à Olivier Giroud en passant par Emmanuel Petit et bien d’autres, ils furent ensuite nombreux à tisser ce lien invisible qui lie désormais la France au football anglais, et dont le plus prestigieux ambassadeur, reste, à n’en pas douter, Arsène Wenger.

Le plus beau dans l’histoire, c’est que le football fut sans doute l’élément qui rapprocha le plus deux peuples, anglais et Français, qui se sont souvent opposés durant leur Histoire avec un grand H, et bien sûr, plus que chamaillés sur les terrains de sport. Un état de fait incontestable qui fait dire à Emmanuel Petit que « le football a réussi là où les politiques ont souvent échoué. » Quel meilleur exemple que cette une du quotidien britannique, ‘‘The Sun’’ montrant, le lendemain du sacre des Bleus au Mondial 1998, une photo de ce même Emmanuel Petit et de Patrick Vieira, bras dessus, bras dessous, avec la mention « We Are World Champions ».

22 ans plus tard, les liens entre le football hexagonal et celui de sa Majesté Elizabeth II n’ont sans doute jamais été aussi forts. Pour mieux les comprendre, « les Frenchies de sa Majesté » retrace le parcours de joueurs, joueuses et techniciens français ayant évolué en Angleterre. Chacun y raconte son parcours footballistique mais aussi son vécu, ses anecdotes et ce qu’il a aimé de la culture anglaise. Parce que chacun de ces facteurs est indissociable l’un de l’autre et que l’écriture sportive, en plus des aspects factuels et d’une contextualisation tactique, ne doit pas oublier les aspects culturels et surtout humains. Pourquoi ? Parce que derrière chaque sportif, se cache un homme ou une femme avec son histoire, ses valeurs et ses convictions.

Bonne lecture

L'auteur Eric Plane

J’ai rencontré Eric Plane au lycée La Merci de Montpellier. En raison d’un handicap qui le privait de toute pratique sportive intense, il arbitrait les matchs du tournoi de football de l’établissement. Dans un premier temps, il me faisait rire : je le voyais dégainer les cartons jaunes à tout-va tel le shérif dans un mauvais album de Lucky Luke. Je me suis rapproché de lui par intérêt, je l’avoue : avoir un arbitre dans sa poche, ça peut aider pour aller au bout dans les grandes compétitions !

J’ai ainsi découvert l’homme derrière le sifflet. Ou plutôt l’ado, passionné, pendu aux grillages du centre d’entraînement de Grammont pour encourager les Lefèvre, Gravelaine, Barbosa, Garny, Delaye ou Robert. J’admirais, déjà à l’époque, cette belle complicité qu’il nouait avec des footballeurs qui l’appelaient tous par son prénom. Eric était plus qu’une mascotte, c’était le chouchou.

Un jeune apprécié pour sa politesse, sa bonne éducation et sa gentillesse. Les joueurs de football s’arrêtent parfois quelques secondes pour une photo - les selfies n’existaient pas - ou un autographe ; mais avec Eric, il y avait plus. Des échanges, une discussion, une attention…. Cette relation de confiance explique sans doute en partie la facilité avec laquelle les « Frenchies de sa Majesté » se sont allongés sur le divan d’Eric, vingt ans plus tard, pour abreuver cet ouvrage d’anecdotes intimistes et exclusives. Aller à la rencontre de l’être humain qui se cache derrière un sportif ou une sportive a toujours été un de ses fils conducteurs.

Par la suite, nous avons débuté ensemble notre carrière journalistique sous les ordres de notre mentor commun, l’inénarrable ‘’Jojo’’ Bury, au Midi Libre. Des articles au Sport Départemental, piges dominicales qui nous ont permis de tremper à la fois notre plume au journal dans une manière de baptême du feu journalistique. Quelque chose comme un chemin initiatique vers ce livre dont nous vantons ici les mérites.

Puis, le temps a passé et chacun a pris son chemin. Malgré les épreuves de la vie, l’adversité d’un milieu concurrentiel, les périodes de chômage durant lesquelles le téléphone reste muet, les week-ends dans le jus rédactionnel, les 0-0 moisis des mois de janvier frigorifiants, Eric se présente à vous, chers lecteurs, pour vous faire visiter sa galerie de portraits de stars du football en Angleterre. Ecrivain débutant peut-être, mais rédacteur d’expérience et de talent surtout. Une certaine idée du destin, assurément.

Une évidence, par ailleurs. Depuis mon départ à Londres en 2012, mon ami a multiplié les visites Outre-Manche. Des séjours qui l’ont fait grandir et découvrir dans les stades le football britannique, du majestueux Old Trafford au plus calme Etihad, en passant par le poshy Stamford Bridge ou le cosy Craven Cottage, l’idée a germé. Raconter l’Angleterre des Frenchies. Vaste projet. Mais l’important n’est pas la destination. Ce qui compte, c’est le voyage. Alors, voyagez. Vous ne trouverez pas meilleur guide qu’Eric. Et si l’envie vous en prend d’un Fish and Chips, rassurez-vous. Il a aussi quelques adresses. Qui sait. Ce sera peut-être l’objet du prochain bouquin…

Cédric Drouet
Journaliste sportif et ami de longue date